• Vue sur le Pont Royal, Notre Dame et l’Institut depuis la pass
  • Pont Royal depuis les bords de Seine rive droite. Reflet dans la
  • Arche centrale du Pont Royal depuis les bords de Seine rive droi
  • Arche du pont Royal (1689) [Jacques Gabriel 1630-1686]. 75001 Pa
  • Arches du Pont Royal depuis les bords de Seine rive droite. Refl
  • François Romain (architecte maître d'œuvre 1647-1735), Jacque
  • François Romain (architecte maître d'œuvre 1647-1735), Jacque
  • Pont Royal, Jules Hardouin-Mansart (architecte 1646-1708), avant
  • François Romain (architecte maître d'œuvre 1647-1735), Jacque
  • François Romain (architecte maître d'œuvre 1647-1735), Jacque
  • François Romain (architecte maître d'œuvre 1647-1735), Jacque
  • François Romain (architecte maître d'œuvre 1647-1735), Jacque
  • Pont Royal, Jules Hardouin-Mansart (architecte 1646-1708), avant
  • Pont Royal, Jules Hardouin-Mansart (architecte 1646-1708), avant
  • Pont Royal, Jules Hardouin-Mansart (architecte 1646-1708), avant
  • avant-bec, berges, Jules Hardouin-Mansart (architecte 1646-1708)
  • Pont Royal, Seine, Paris 75001, Jules Hardouin Mansart, Frère R
  • Pont Royal, Seine, Paris 75001, Jules Hardouin Mansart, Frère R
  • Pont Royal, Seine, Paris 75001, Jules Hardouin Mansart, Frère R
  • Pont Royal, Seine, Paris 75001, Jules Hardouin Mansart, Frère R
  • Pont Royal, Seine, Paris 75001, Jules Hardouin Mansart, Frère R
  • Pont Royal, Seine, Paris 75001, Jules Hardouin Mansart, Frère R

Le pont Royal et le védutiste

Le Pont Royal, comme ses deux aînés le pont Marie et le Pont-Neuf, a été construit durant l’ancien régime. A la différence de ceux-ci, il est construit en moins de quatre ans, son financement est pris en charge par la couronne, un védutiste a documenté sa construction et à aucun moment il ne reçut de constructions.

Bien que « livré » en 1689, quatre-vingt-deux ans après le Pont-Neuf, le pont Royal reflète l’extension de la rive gauche vers l’ouest. Sa naissance et son histoire sont pourtant antérieures de quelques dizaines d’années. En 1550, le Pont-Neuf, le collège des Quatre-Nations et la place Dauphine n’existent pas et la tour de Nesle marque la limite de la ville sur la rive gauche. Pourtant cette année-là, Henri II autorise un bac en aval au niveau de l’actuelle rue de Beaune — sans grande utilité — jusqu’à ce que Catherine de Médicis commence la construction du palais des Tuileries en 1564 et qu’en 1594 Henri IV décide la galerie du bord de l’eau pour relier le Louvre au palais. Ces deux travaux rendent alors le bac indispensable pour les carriers qui acheminent les pierres extraites des carrières de Vaugirard en rejoignant la Seine par ce qui deviendra la rue du Bac.

Un pont entre un palais et presque rien

Au début du XVIIèmesiècle, la rive gauche en aval de la tour de Nesle reste essentiellement la propriété de l’abbaye de Saint-Germain et de l’Université qui lui a racheté ce qui deviendra le Pré-aux-Clercs : un espace jusqu’alors utilisé pour les cérémonies de la basoche, les duels et autres activités physiques. En 1605 la reine Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis et première femme du Vert-Galant rentre de son exil forcé. Elle se fait construire sur la rive gauche de la Seine, sur un terrain acheté à l’Université et adossé au Pré-aux-Clercs, un Hôtel auquel elle adjoint un parc qui longe le fleuve jusqu’à l’actuel musée d’Orsay. Elle meurt en 1615 et lègue ses biens — et ses dettes — à Louis XIII qui, en 1623, revend le parc et les dépendances à des financiers qui lotissent le parc et tracent sur les allées du jardin ce qui deviendra les rues de Verneuil, de Beaune, de Poitiers… Cette même année une requête est adressée au roi pour la construction d’un pont en bois. En 1631 il donne son accord à ce projet qui se fera en prolongement de l’actuelle rue de Beaune sous le nom de Barbier (mais aussi appelé Sainte-Anne ou pont Rouge) et sera terminé en 1632. Puis les catastrophes s’enchainent : coupé par les eaux en 1642, réparé en 1649, refait en 1651, incendié en 1654, emporté en 1656, refait en 1660, réparé en 1673 et enfin emporté par une crue en 1684.

C’est au début de l’année 1685 qu’est soumis le devis à la réalisation d’un pont en pierre. François Michel Le Tellier Marquis de Louvois vient de succéder à Colbert dans la charge de Surintendant des Bâtiments du roi. Dès le début Louis XIV en assume le financement. Singularité qui explique le qualificatif actuel de Royal ; encore que longtemps il fut appelé indistinctement pont des Tuileries (Traité des ponts 1728) ou pont du Louvre (gravures de Lieven Cruyl). Le dessin du pont est dû à Jules Hardouin-Mansart qui vient d’être nommé Inspecteur Général des Bâtiments du Roi. Il sera suivi d’une adjudication de 675000 Livres approuvée le 10 mars au profit de Jacques Gabriel (IV), architecte du roi et cousin par alliance de Jules Hardouin-Mansart. Son beau-frère Pierre Delisle-Mansart se porte caution de la réalisation avec Ponce Cliquin charpentier des bâtiments du Roi. Gabriel meurt le 18 juillet 1686 date à laquelle sa femme reprend la suite des travaux en cours en se faisant aidé par son frère.

Une construction très rapide

Intervient alors un troisième personnage dans l’organigramme. François Romain né à Gand en 1646 est entré chez les Dominicains à Maëstricht à 26 ans et ses études le classent dans les meilleurs architectes de son époque. Jean-Jacques de Mesmes, comte d’Avaux a — comme ambassadeur de Louis XIV — participé au troisième traité de Nimègue qui clôt la guerre de Hollande (son oncle Claude faisait partie des diplomates qui ont négocié le traité de Westphalie). Érudit et bibliophile il est entré à l’Académie Française en 1676 et vient de construire — en 1680 — dans un fief récemment acquis, l’église Saint-Didier d’Asfeld qui prend la forme d’une viole de Gambe. Fançois Romain en est l’architecte et le maître d’œuvre, c’est sa première réalisation. En 1684 il vient de terminer la reconstruction de la première pile du pont de Maëstricht à la demande des édiles de la ville, inquiets de l’état de leur pont.

A la demande de Louis XIV il vient à Paris dès le début de l’année 1685 et est nommé Inspecteur Général des travaux du pont Royal  (son premier défraiement apparaît dans les comptes le 1eravril 1685, trois semaines après l’adjudication). Son rôle a, semble-t-il, été déterminant mais sujet à controverse. Ce dont on est certain c’est que le dessin du pont proposé par Jules Hardouin-Mansart a été respecté à l’exception des « trompes d’ébrasement » qui raccordent le pont aux quais —  qui ne figuraient pas dans le devis initial — et qui permettent aux carrosses une courbe de sortie ou d’entrée plus large. La première pierre est posée le 26 octobre 1885, sept mois après l’adjudication ; accompagnée d’une cassette renfermant 13 médailles dont une en or figurant le buste du roi et douze en argent rappelant les faits marquant du règne entre 1663 et 1684. Le pont est terminé pour l’essentiel à la fin de l’année 1687 date à laquelle sont sculptées les armes de France de l’arche centrale ; même si la réception définitive par Libéral Bruant s’est faite les 13 et 14 juin 1689.

Des solutions novatrices

La difficulté tient au fond du fleuve composé de deux couches de sables à granularité différentes (donc sujet aux affouillements). D’après le devis, la plate-forme de charpente de fondation devait se situer 15 pieds sous l’étiage, une profondeur très supérieure aux habitudes. Les tenants d’une intervention originale du frère François mettent en avant un dragage du cours du fleuve suivi de l’échouage d’un bateau rempli de matériau et entouré de pieux battus sous l’eau. On forme ensuite une espèce de caisse contenant des assises de pierres cramponnées, attenantes à ses parois et consolidée par de longs pieux de gardes. Puis le vide est rempli de moellons et de mortier de pouzzolane. Cette fondation, par sa conception, forme un poids beaucoup plus considérable que celui initialement prévu.

Le pont Royal marque une rupture avec les ponts construits alors. A la différence de ses aînés, les cinq arches en anse de panier ont des ouvertures variant de 23,4 mètres pour l’arche centrale à 20,8 mètres pour les arches de rives (22,4 pour les deux arches intermédiaires). Ses arches en anse de panier, sont prises en référence de toutes les constructions entreprises par la suite et sa sobriété d’ornementation — un demi boudin de pierre accolé à la base du parapet — s’impose au XVIIIème siècle. Jacques Gabriel (V) prendra d’ailleurs le même modèle pour la construction du pont de Blois. Alors que le Pont-Neuf et le pont Marie ont, dans leur histoire, reçu d’importantes réparations, le pont Royal a été modifié à la marge. En 1859 l’épaisseur des voutes est réduite d’un tiers pour réduire la pente du dos d’âne et abaisser la chaussée.

Sous l’œil d’un védutiste
(Une loupe, sous le curseur de la souris est proposée au passage sur les gravures)

Pont Royal, Lieven CruylAutre fait remarquable ce pont a fait l’objet d’une illustration riche d’enseignement quant aux techniques et outils utilisés. Ces images sont l’œuvre d’un védutiste, Liévin Cruyl, né à Gand en 1640, éclésiastique, architecte, dessinateur de monuments, graveur à l’eau forte précise sa biographie publiée par l’académie royale des sciences, des lettres et des beaux arts de Belgique. De 1660 à 1664 il est vicaire à Gand mais montre son intérêt pour l’architecture et fournit un projet pour l’achèvement de la tour de l’église Saint-Michel. À la même époque François Romain n’est toujours pas chez les dominicains de Maëstricht. Se sont-ils connus ? rien n’est écrit… mais Gand (±40000 habitants à cette époque), leur parcours et leur formation le laissent imaginer.

Pont Royal, Lieven CruylCruyl, comme de nombreux peintres flamands, séjourne à Rome où il a résidé de 1664 à 1675 (10 ans avant Caspar Van Wittel connu en Italie sous le nom de Gaspare Vanvitelli). A cette époque, bien avant la vogue des védutistes italiens qui surent monnayer leur travail auprès des aristocrates venus faire leur Grand Tour, on parle de vues topographiques, de dessins architectoniques ou de vue de ville. Liéven Cruyl y excelle. En 1666, un recueil de ses védutes donne une lecture de la Rome du pontificat d’Alexandre VII. Ses représentations du château de Versailles adoptent un point de vue en hauteur, on parlerait aujourd’hui de vue aérienne. Il a réalisé sept vues de la construction du Pont Royal parmi celles-ci on a pu en trouver cinq. Deux d’entre-elles proposent une lecture en hauteur de la construction. La ligne d’horizon en haut de l’image permet une lecture de toute la ville, aucun monument ne manque, tous semblent être à leur juste place.

Pont Royal, Lieven CruylA cette époque Vermeer réalise sa vue de Delft et l’usage de la chambre noire commence à se répandre. On ne peut pas exclure que Cruyl l’utilisa, mais le point de vue adopté très au-dessus de la Seine semble l’exclure. Peut-être l’a-t-il utilisée en outil d’assistance et de repérage pour ses dessins détaillant les travaux au niveau du fleuve. C’est une source documentaire exceptionnelle pour qui s’intéresse aux outils et aux techniques utilisées de cette époque.

La première gravure, prise de la rive droite, date de 1687. En bas à gauche, Frère Romain présente le plan du pont Royal au contrôleur général des finances Michel Le Peletier de Souzy. Les deux gravures suivantes intègrent le pont Royal dans la ville en toile de fond. Dans la deuxième gravure, la chapelle de la Sorbonne, Notre-Dame du Val de Grâce, le collège des Quatre-Nations, la Galerie du Bord de l’Eau, le Pont-Neuf avec la Samaritaine et la statue du Vert-Gallant, érigés depuis moins d’un siècles figurent tous à leur juste place.

Pont Royal, Lieven CruylJuste derrière le pont, en prolongement de la rue de Beaune, reste encore ce qui n’a pas été emporté de l’ancien pont Barbier. La troisième gravure, représente la fondation du pont du Louvre achevée en l’an 1686. Au fond à gauche, l’hôtel des Invalides. A droite, la porte de la Conférence, le jardin des Tuileries, le dôme de l’église du couvent des Dames de l’Assomption. La quatrième gravure s’arrête entre la première et la deuxième pile de la rive droite et détaille l’avancement de la construction de la deuxième pile. Outre les grues et les moulins que l’on retrouve sur les autres gravures on lit la précision de la taille et de l’ajustement des pierres que ce soit sur la première pile ou la seconde. En arrière plan, ce qui reste du pont Barbier, le début de la Galerie du Bord de l’Eau, la tour Saint-Jacques, le Pont-Neuf avec la Samaritaine et la statue d’Henri IV, la Sainte chapelle, Notre Dame et le collège des Quatre-Nations sont eux aussi clairement identifiés. La dernière gravure, outre la dernière pile du pont Barbier et le collège des Quatre-Nations en arrière-plan. Tailleurs de pierres, grue à cage d’écureuil, moulin, transport des pierres sont clairement détaillés.

Pont Royal, Lieven CruylSources documentaires
Paris sous les premiers Bourbons, Nouvelle histoire de Paris, René Pilorget.
Le Pont-Royal sur la Seine à Paris. Extrait du volume II des Études sur les ponts en pierre remarquables par leur décoration antérieurs au XIX° siècle, F de Darren.
Le pont en France avant le temps des ingénieurs. Jean Mesqui.
Traité des ponts, 1728, H Gauthey, chez André Caillaud.
Lievin Cruyl e la sua opera grafica. Un artista fiammingo nell’Italia delseicento.1992, Barbara Jatta, Institut historique belge de Rome.